Dans un climat marqué par des actions répressives à l’égard des établissements nocturnes genevois et dans un contexte de baisse de l’offre nocturne depuis une dizaine d’année, certains jeunes tentent de se rassembler pour défendre une vie nocturne riche, vivante et diversifiée.logo collectif vie nocturne

On la connait la rengaine si souvent entendue et répétée  : «  Genève, la nuit, c’est devenu mort  !  »  Il est vrai que pour la génération qui a vécu la fermeture successive des squats du Rhino, de La Tour, de l’Arquebuse et l’évacuation du site d’Artamis, il transparaît souvent un sentiment de frustration et de nostalgie. Il faut se rendre compte qu’en 2008, avec la fermeture d’Artamis, c’est un ensemble de salles publiques pouvant accueillir un millier de personnes par soir qui disparait. Ce haut lieu de culture et de diversité n’a à ce jour pas été remplacé. Reste ainsi pour cette génération la sensation contagieuse d’un âge d’or passé. Depuis, la vague répressive qui a touché il y a 4 ans la rue Vautier à Carouge, ou les différentes interdictions appliquées depuis 2 ans à la rue de l’Ecole-de-Médecine à Plainpalais, sont venues renforcer cette impression d’une nuit genevoise agonisante.

Or, face à ce constat d’un appauvrissement progressif de l’offre nocturne genevoise et du renoncement d’une partie de la jeunesse, certains ont décidé de réagir. Bien plus que l’état actuel de la vie nocturne, c’est la tendance alarmante observée depuis une décennie qui les incite à se mobiliser. L’offre nocturne genevoise reste en effet sans aucun doute l’une des principales du pays. Il s’agit donc de commencer par valoriser les nombreux lieux souvent méconnus qui la composent. Ceci étant établi, certains groupements proposent d’apporter des solutions à des problèmes clairement identifiés. Ces dix dernières années, l’évolution du paysage nocturne a abouti à une disproportion entre lieux commerciaux et espaces alternatifs. C’est du moins la thèse de l’UECA, l’Union des Espaces Culturels Autogérés, qui défend et promeut depuis 2007 le modèle de l’autogestion. Ce mode de fonctionnement est basé sur la gestion participative et collective, et sur une politique de non-recherche du profit. Cela permet d’obtenir des lieux non-sélectifs, abordables financièrement au plus grand nombre, et qui peuvent accueillir des artistes de la scène alternative. Ces espaces aujourd’hui minoritaires ne s’opposent cependant pas aux établissements traditionnels, dits commerciaux. Au contraire, ces deux types de lieux se complètent et s’alimentent  ; ils vont de pair avec le mécanisme de création artistique qui voit la culture grand public et commerciale être nourrie et renouvelée par la scène alternative caractérisée par sa diversité et son côté expérimental. L’UECA estime ainsi qu’il faut rétablir un équilibre entre ces deux types de lieux nocturnes afin de garantir la diversité culturelle et l’accessibilité au plus grand monde.

D’autres mouvements entendent défendre une vie nocturne riche et vivante en s’opposant à la lecture partielle de la vie nocturne qui domine dans les médias, les sphères politiques et l’opinion publique. Les nombreuses pressions et interdictions exercées sur le monde de la nuit se trouvent justifiées par une conception archi-dominante qui considère la vie nocturne uniquement comme une nuisance, un facteur de bruit et de troubles. N’acceptant pas cette vue étroite, un groupe indépendant regroupant principalement des acteurs économiques du monde de le nuit espère démontrer que la vie nocturne est avant tout une plus-value sociale et économique. Ce Grand Conseil de la Nuit, constitué en 2011, est aujourd’hui porté par un comité jeune et dynamique. Parallèlement, alarmé par la tendance répressive des autorités, un mouvement émanant de la société civile est en train de se constituer pour s’opposer à cette image limitée d’une vie nocturne nocive. Sous l’impulsion du Parlement des Jeunes Genevois, un appel à la formation d’un large front associatif a été lancé. Ce rassemblement associatif a l’ambition de montrer qu’il y a un consensus de la jeunesse sur ces questions nocturnes. Ses membres se regroupent autour d’une position commune qui peut être résumée en deux points  : d’une part, ils estiment que l’action politique actuelle qui entend régler les problèmes nocturnes uniquement par la répression et les interdictions est une tendance mauvaise qui entraine des conséquences dangereuses ; d’autre part, ils considèrent qu’il y a un manque d’offre adéquate en matière de vie nocturne pour les jeunes à Genève. Par exemple, ce n’est selon eux pas un hasard si de plus en plus de monde se concentrait à la rue de l’Ecole-de-Médecine et avoir chassé ces jeunes des bars pose maintenant sur la Plaine des problèmes de sécurité et d’incitation au binge drinking. Autre illustration du caractère nocif d’actions répressives dans un contexte de manque d’offre  : suite aux pressions et menaces d’amendes, de nombreux établissements ont relevé leur limite d’âge de 16 à 18 ans en soirée. Ainsi, bien que la loi leur reconnaisse le droit à la consommation de certains alcools, les 16-18 ans sont encouragés à faire leur apprentissage de la vie nocturne et de la consommation d’alcool en dehors du cadre des lieux de sociabilité tels que les bars. Le rassemblement associatif, lancé il y a peu, regroupe pour l’heure une dizaine d’associations représentatives des établissements du postobligatoire, du milieu universitaire et des jeunesses politiques ou citoyennes. Les associations membres espèrent donner un poids politique à leurs revendications partagées par énormément de jeunes et de moins jeunes mais très peu connues et considérées dans le presse et dans l’opinion publique. Plus qu’une cause éventuelle de nuisances, les établissements qui font la vie nocturne semblent être avant tout des lieux de culture, d’échange et de sociabilité qui sont révélateurs d’un besoin humain.